ENCYCLOPÉDIE JURIPSY®
Qu'est-ce que le harcèlement psychologique ?
Le harcèlement psychologique ne se définit pas par un acte isolé, mais par un processus de comportements répétés ou particulièrement graves qui altèrent progressivement la santé psychique, la dignité ou les conditions de vie d'une personne.
En résumé
Le harcèlement psychologique désigne un processus de violences psychologiques exercées dans la durée ou, plus rarement, par des actes d'une particulière gravité, ayant pour effet ou pour objet de dégrader les conditions de vie, de travail ou de développement d'une personne.
En psychologie, l'analyse porte avant tout sur les mécanismes relationnels, leur répétition, leur intensité et leurs conséquences psychologiques.
En droit, la définition du harcèlement varie selon les textes applicables (travail, pénal, fonction publique, discrimination, harcèlement scolaire, etc.).
Le rôle du psychologue n'est pas de qualifier juridiquement les faits, mais d'en apprécier les conséquences psychologiques et d'éclairer les mécanismes en jeu.
Pourquoi cette question est-elle importante ?
Le mot « harcèlement » est aujourd'hui largement utilisé dans le langage courant.
Il est parfois employé pour désigner tout conflit, toute relation difficile ou tout management exigeant.
À l'inverse, certaines situations de harcèlement restent banalisées ou minimisées.
Cette confusion peut avoir des conséquences importantes, tant pour les victimes que pour les personnes mises en cause.
Le psychologue adopte une approche clinique : il cherche à comprendre la dynamique relationnelle, ses effets sur la personne et les mécanismes susceptibles d'expliquer la souffrance observée.
Que désigne le harcèlement psychologique ?
Le harcèlement psychologique correspond à un processus relationnel caractérisé par des comportements hostiles, humiliants, déstabilisants ou intimidants qui, par leur répétition ou leur gravité, entraînent une dégradation du fonctionnement psychologique de la personne.
Ces comportements peuvent prendre des formes variées :
dévalorisations répétées ;
humiliations ;
menaces ;
isolement ;
mise à l'écart ;
discrédit ;
surveillance excessive ;
déstabilisation ;
intimidation ;
contrôle coercitif ;
cyberharcèlement.
Le harcèlement ne se réduit pas à une liste de comportements.
Il s'apprécie dans son contexte, son évolution et ses conséquences.
Ce que le psychologue cherche à savoir
Lorsqu'il évalue une situation de harcèlement, le psychologue s'interroge notamment sur les points suivants :
Les comportements décrits s'inscrivent-ils dans une dynamique répétée ou durable ?
Quel est le contexte relationnel dans lequel ils surviennent ?
Quels mécanismes psychologiques semblent à l'œuvre ?
Quel est leur retentissement sur la personne ?
Existe-t-il d'autres hypothèses explicatives plausibles ?
Ces questions permettent de construire une analyse clinique sans préjuger de la qualification juridique des faits.
Les principales caractéristiques du harcèlement psychologique
Une dynamique progressive
Le harcèlement s'installe souvent progressivement.
Pris isolément, certains comportements peuvent paraître anodins.
C'est leur accumulation, leur répétition ou leur intensification qui conduit à une dégradation progressive de la situation.
Une asymétrie relationnelle
Le harcèlement s'accompagne fréquemment d'un déséquilibre dans la relation.
Cette asymétrie peut résulter d'une autorité hiérarchique, d'une emprise psychologique, d'un rapport de force ou d'un isolement progressif de la personne.
Elle n'est toutefois pas une condition indispensable dans toutes les formes de harcèlement.
Une atteinte au fonctionnement psychologique
L'un des éléments centraux de l'analyse clinique réside dans les conséquences psychologiques observées.
Le psychologue s'intéresse notamment :
à l'anxiété ;
à la perte de confiance en soi ;
aux troubles du sommeil ;
aux symptômes dépressifs ;
aux manifestations de stress post-traumatique ;
aux difficultés professionnelles, scolaires ou familiales.
Une analyse contextualisée
Le même comportement peut avoir une signification différente selon le contexte dans lequel il intervient.
Le psychologue analyse toujours les faits dans leur environnement relationnel, professionnel, familial ou institutionnel.
Les principes fondamentaux
Distinguer les faits de leurs conséquences
L'expertise psychologique ne vise pas à établir la matérialité des faits.
Elle analyse leurs conséquences psychologiques et leur cohérence avec les éléments recueillis.
Ne pas confondre conflit et harcèlement
Tout conflit n'est pas un harcèlement.
L'analyse porte sur la dynamique relationnelle, sa répétition, son intensité et ses effets.
Rechercher plusieurs hypothèses
Le psychologue examine différentes explications possibles avant de formuler ses conclusions.
Cette démarche contribue à limiter les biais d'interprétation.
Rester dans son champ de compétence
Le psychologue éclaire les mécanismes psychologiques et leurs conséquences.
La qualification juridique des faits relève de la juridiction compétente.
Les idées reçues
« Un seul incident suffit toujours à caractériser un harcèlement. »
Faux.
Dans de nombreuses situations, le harcèlement résulte d'un processus répétitif.
Certaines situations exceptionnelles peuvent toutefois être marquées par des actes d'une gravité particulière, dont l'appréciation relève du cadre juridique applicable.
« Si la victime n'a pas quitté son emploi ou son domicile, il ne peut pas y avoir harcèlement. »
Faux.
De nombreuses victimes demeurent dans leur environnement malgré une souffrance importante, pour des raisons économiques, familiales, psychologiques ou sociales.
« Le harcèlement concerne uniquement le monde du travail. »
Faux.
Il peut également survenir dans les relations familiales, scolaires, associatives, sportives ou sur les réseaux numériques.
Questions fréquentes
Le psychologue peut-il affirmer qu'il y a eu harcèlement ?
Non.
Le psychologue n'a pas pour mission de qualifier juridiquement les faits.
Il analyse les mécanismes psychologiques, les conséquences observées et la compatibilité entre les éléments recueillis et une situation de harcèlement.
La qualification juridique appartient aux juridictions compétentes.
Une personne peut-elle présenter un préjudice psychologique sans qu'un harcèlement soit juridiquement reconnu ?
Oui.
L'absence de qualification juridique ne signifie pas nécessairement l'absence de souffrance ou de préjudice psychologique.
Le psychologue évalue les conséquences psychiques des événements rapportés, indépendamment de leur qualification juridique.
Le harcèlement entraîne-t-il toujours un trouble psychique ?
Non.
Les réactions sont très variables d'une personne à l'autre.
Certaines présentent des troubles anxieux, dépressifs ou post-traumatiques importants.
D'autres développent des difficultés plus discrètes ou mobilisent des ressources qui limitent les conséquences psychologiques.
L'absence de trouble majeur ne permet donc pas d'exclure une situation de harcèlement.
Peut-il exister un harcèlement sans intention de nuire ?
Oui.
En psychologie, l'analyse porte principalement sur les comportements observés, leur répétition, leur contexte et leurs effets.
L'intention attribuée à l'auteur peut être discutée sur le plan juridique, mais elle ne constitue pas, à elle seule, un critère clinique.
Pourquoi certaines victimes parlent-elles tardivement ?
Les délais de révélation sont fréquents.
Ils peuvent s'expliquer notamment par :
la peur des représailles ;
la culpabilité ;
la honte ;
la banalisation progressive de la situation ;
la dépendance économique ou affective ;
l'espoir que la situation s'améliore.
Le moment où une personne révèle les faits ne permet donc pas, à lui seul, d'apprécier leur réalité.
Regard JuriPsy®
Le harcèlement psychologique constitue rarement un événement unique.
Il s'agit le plus souvent d'un processus relationnel qui modifie progressivement le fonctionnement de la personne.
L'expertise psychologique ne consiste pas à déterminer qui a raison ou qui a tort.
Elle cherche à comprendre comment une situation s'est construite, quels mécanismes psychologiques sont intervenus et quelles conséquences elle a produites.
Cette approche clinique est complémentaire de l'analyse juridique.
Le psychologue ne se prononce pas sur la responsabilité des personnes impliquées.
Il apporte un éclairage spécialisé sur les effets psychologiques des situations examinées et sur leur cohérence avec les données recueillies.
En pratique
Pour les avocats
Lorsque vous sollicitez une expertise psychologique, ne vous limitez pas à la description des faits.
Expliquez également leur évolution, leur fréquence, leur contexte et les conséquences concrètes observées chez votre client.
Cette mise en perspective facilite le travail d'analyse du psychologue.
Pour les magistrats
L'expertise psychologique ne vise pas à établir la matérialité des faits.
Elle apporte un éclairage clinique sur leurs conséquences, leur cohérence et les mécanismes psychologiques susceptibles d'être en jeu.
Elle constitue un élément d'appréciation parmi d'autres.
Pour les psychologues
L'analyse d'une situation de harcèlement suppose de distinguer :
les faits rapportés ;
le contexte relationnel ;
les mécanismes psychologiques ;
les conséquences observées ;
les limites de l'évaluation.
Cette distinction contribue à produire une expertise claire, argumentée et respectueuse des compétences propres du psychologue.
À retenir
Le harcèlement psychologique est un processus relationnel susceptible d'entraîner une dégradation progressive du fonctionnement psychologique d'une personne.
Le psychologue ne qualifie pas juridiquement les faits.
Il analyse leur contexte, leur dynamique, leurs conséquences et leur compatibilité avec les connaissances scientifiques relatives au harcèlement.
Cette approche clinique permet d'éclairer la juridiction tout en respectant les limites de la compétence du psychologue.
Pour aller plus loin
Bibliographie indicative
Textes de référence
Code du travail (dispositions relatives au harcèlement moral).
Code pénal (dispositions relatives au harcèlement, selon les situations concernées).
Code de déontologie des psychologues.
Recommandations professionnelles
Recommandations nationales et internationales relatives à la prévention et à l'évaluation du harcèlement psychologique.
Ouvrages
Heinz Leymann, travaux fondateurs sur le mobbing.
Marie-France Hirigoyen, ouvrages consacrés au harcèlement moral.
Ouvrages de psychologie du travail, de psychologie clinique et de psychologie légale portant sur les violences psychologiques et leurs conséquences.
Version : 1.0
Date de création : Juillet 2026
Collection : Les Références JuriPsy® – L'encyclopédie de la psychologie appliquée au droit