top of page

ENCYCLOPÉDIE JURIPSY®

Qu'est-ce que le cyberharcèlement ?

Le numérique ne crée pas le harcèlement. Il en modifie les modalités, la temporalité, la visibilité et parfois l'intensité des conséquences psychologiques.

En résumé


Le cyberharcèlement désigne des comportements hostiles, répétés ou susceptibles de se répéter, exercés au moyen des technologies numériques et portant atteinte à la dignité, à la sécurité ou à la santé psychologique d'une personne.

Il peut prendre des formes très diverses : messages insultants, campagnes de dénigrement, diffusion de rumeurs, humiliations publiques, usurpation d'identité, divulgation d'informations personnelles, surveillance numérique ou exclusion volontaire de groupes de communication.

Le psychologue n'évalue pas seulement les contenus diffusés. Il analyse également leur fréquence, leur contexte, leur diffusion, leur impact psychologique et les mécanismes spécifiques liés à l'environnement numérique.


Pourquoi cette question est-elle importante ?


Le développement des outils numériques a profondément transformé les violences psychologiques.

Contrairement au harcèlement « classique », le cyberharcèlement peut se poursuivre en dehors du lieu de travail, du domicile ou de l'établissement scolaire.

La victime peut avoir le sentiment qu'il n'existe plus d'espace de répit.

Les contenus peuvent être :

  • diffusés instantanément ;

  • partagés à grande échelle ;

  • conservés durablement ;

  • reproduits de manière incontrôlable.

Ces caractéristiques modifient profondément l'expérience psychologique de la victime.


De quoi parle-t-on ?


Le cyberharcèlement désigne l'utilisation des outils numériques pour exercer une violence psychologique.

Il peut intervenir :

  • dans le cadre professionnel ;

  • dans le cadre scolaire ou universitaire ;

  • au sein de la famille ;

  • dans les relations de couple ;

  • sur les réseaux sociaux ;

  • dans des groupes de messagerie ;

  • sur des plateformes collaboratives.

Le support numérique n'est pas le problème en lui-même.

C'est l'usage qui en est fait qui peut devenir pathogène.


Ce que le psychologue cherche à savoir


Lors de son expertise, le psychologue s'interroge notamment sur les points suivants :

  • Quels supports numériques ont été utilisés ?

  • Quelle est la fréquence des comportements ?

  • Quelle est leur durée ?

  • Les contenus étaient-ils publics ou privés ?

  • Combien de personnes ont pu y avoir accès ?

  • La personne pouvait-elle réellement s'en protéger ?

  • Quels effets ces comportements ont-ils produits sur son fonctionnement psychologique ?

L'objectif est d'apprécier le retentissement réel de ces violences numériques.


Les principales formes de cyberharcèlement


Le cyberharcèlement peut prendre des formes multiples.


1. Les messages répétés

Ils peuvent être :

  • insultants ;

  • humiliants ;

  • menaçants ;

  • dévalorisants ;

  • intimidants.

Leur répétition contribue souvent au retentissement psychologique.


2. Le dénigrement public

Il peut s'agir :

  • de publications sur les réseaux sociaux ;

  • de commentaires publics ;

  • de campagnes de discrédit ;

  • de diffusion de rumeurs.

L'exposition publique constitue un facteur aggravant fréquent.


3. L'exclusion numérique

Elle consiste notamment à :

  • exclure volontairement une personne d'un groupe de travail ;

  • supprimer son accès à certaines informations ;

  • organiser des échanges parallèles destinés à l'isoler.

Ces comportements peuvent renforcer le sentiment d'exclusion.


4. La surveillance numérique

Elle peut prendre différentes formes :

  • contrôle excessif des connexions ;

  • géolocalisation abusive ;

  • consultation injustifiée d'activités numériques ;

  • contrôle permanent des horaires de connexion.

Le psychologue apprécie leur caractère proportionné ou non au regard du contexte.


5. La diffusion d'informations personnelles

Elle peut concerner :

  • des photographies ;

  • des documents privés ;

  • des données médicales ;

  • des conversations ;

  • des informations professionnelles.

La perte de contrôle sur ces informations constitue souvent une source importante de souffrance.


Les spécificités du cyberharcèlement


Le cyberharcèlement présente certaines caractéristiques qui le distinguent des formes de harcèlement exercées principalement dans les interactions directes.

Dans un harcèlement plus « classique », les comportements sont généralement liés à certains lieux ou moments : lieu de travail, établissement scolaire, réunions ou interactions particulières. Dans le cyberharcèlement, les sollicitations peuvent au contraire se poursuivre à toute heure et dans tous les espaces de vie par l’intermédiaire des outils numériques. La personne peut ainsi éprouver le sentiment de ne plus disposer d’un espace véritablement protégé.

Le public potentiel constitue une autre différence importante. Une humiliation ou une attaque directe peut initialement n’être connue que d’un nombre limité de personnes, tandis qu’un contenu diffusé en ligne peut atteindre rapidement un public beaucoup plus large.

La persistance des contenus constitue également une spécificité du cyberharcèlement. Alors qu’une interaction hostile prend fin matériellement lorsque la personne quitte le lieu où elle se produit, un message, une photographie, une vidéo ou une publication peut rester accessible, être retrouvé ultérieurement ou être rediffusé.

L’identification des personnes impliquées peut aussi être plus complexe. Dans les interactions directes, les auteurs et les témoins sont généralement identifiables. Dans l’environnement numérique, certaines personnes peuvent intervenir anonymement ou sous pseudonyme, ce qui peut renforcer le sentiment d’impuissance et d’insécurité de la personne ciblée.

Enfin, les violences numériques disposent d’un potentiel d’amplification particulier. Une publication initiale peut être relayée, commentée, détournée ou reproduite par d’autres personnes, créant un phénomène de multiplication qui dépasse parfois largement l’action de l’auteur initial.

Le cyberharcèlement ne se résume donc pas au support numérique utilisé. La permanence potentielle, l’élargissement du public, la persistance des contenus, l’anonymat possible et les mécanismes d’amplification peuvent modifier profondément l’expérience psychologique de la personne exposée et contribuer à renforcer le sentiment de perte de contrôle.


Ces caractéristiques expliquent pourquoi certaines victimes décrivent un sentiment d'envahissement permanent.


Les principes fondamentaux


  • Le support numérique ne modifie pas les critères fondamentaux d'analyse du harcèlement.

  • La répétition reste un élément essentiel, même si un contenu unique peut produire des effets durables lorsqu'il est largement diffusé.

  • Le retentissement psychologique dépend du contexte, de la diffusion et de la perception de la victime.

  • L'expertise repose sur une analyse clinique associée à l'étude des éléments numériques disponibles.

  • Les conséquences psychologiques ne sont pas spécifiques au cyberharcèlement mais peuvent être amplifiées par certaines caractéristiques du numérique.


Les idées reçues


« Ce n'est que virtuel. »

Faux.

Les conséquences psychologiques du cyberharcèlement sont bien réelles et peuvent être aussi importantes que celles observées dans des situations de harcèlement en présentiel.


« Il suffit d'éteindre son téléphone. »

Faux.

Les violences numériques peuvent avoir des répercussions durables sur la réputation, les relations sociales, la vie professionnelle et le sentiment de sécurité.

Le simple fait de ne plus consulter les contenus ne met pas nécessairement fin à leurs effets.


« Les captures d'écran suffisent à démontrer un cyberharcèlement. »

Faux.

Les captures d'écran constituent des éléments utiles, mais elles doivent être replacées dans leur contexte : fréquence, chronologie, auteurs, diffusion, réactions et conséquences psychologiques.


Le raisonnement du psychologue expert


Le cyberharcèlement ne se résume pas à l'analyse de messages ou de publications.

Le psychologue cherche à comprendre comment l'environnement numérique a modifié l'expérience psychologique de la victime.

Son raisonnement clinique s'organise généralement autour de plusieurs étapes.


1. Reconstituer la chronologie numérique

Le psychologue établit :

  • la date des premiers faits ;

  • leur fréquence ;

  • leur évolution ;

  • les périodes d'intensification ;

  • les éventuelles tentatives d'interruption.

Cette chronologie permet de distinguer un incident isolé d'une dynamique de harcèlement.


2. Analyser les modalités des violences

Le psychologue étudie notamment :

  • les supports utilisés (courriels, SMS, réseaux sociaux, messageries professionnelles, forums, plateformes collaboratives…) ;

  • le caractère public ou privé des publications ;

  • le nombre potentiel de destinataires ;

  • la possibilité de partage ou de reproduction ;

  • l'anonymat éventuel des auteurs ;

  • la permanence des contenus.

Ces éléments influencent directement le retentissement psychologique.


3. Évaluer le vécu subjectif

Deux personnes exposées aux mêmes publications ne vivront pas nécessairement la même expérience.

Le psychologue explore notamment :

  • le sentiment d'humiliation ;

  • la peur du regard des autres ;

  • la perte du sentiment de sécurité ;

  • l'impression de ne jamais pouvoir échapper aux attaques ;

  • les modifications du comportement numérique.

Le ressenti est analysé sans être confondu avec une preuve des faits.


4. Apprécier les conséquences psychologiques

L'évaluation clinique porte notamment sur :

  • l'anxiété ;

  • l'hypervigilance ;

  • les troubles du sommeil ;

  • les conduites d'évitement ;

  • la perte de confiance en soi ;

  • les symptômes dépressifs ;

  • les manifestations psychotraumatiques lorsque les violences sont particulièrement intenses.

Le psychologue apprécie également le retentissement sur la vie sociale, familiale, scolaire ou professionnelle.


5. Confronter les données

Les déclarations recueillies sont confrontées :

  • aux captures d'écran ;

  • aux échanges numériques ;

  • aux témoignages ;

  • aux documents disponibles ;

  • aux autres éléments du dossier.

Le psychologue recherche une cohérence d'ensemble plutôt qu'une accumulation de pièces.


Synthèse


Dans une situation de cyberharcèlement, le psychologue peut analyser les éléments numériques disponibles, mais son intervention reste limitée à son champ de compétence psychologique et clinique.

Il peut examiner le contenu des échanges, notamment leur tonalité, leur caractère dévalorisant, menaçant, intimidant ou humiliant, ainsi que leur inscription dans la dynamique relationnelle rapportée.

L’analyse porte également sur la répétition des comportements, leur fréquence, leur évolution dans le temps et leur éventuelle accumulation. Cette temporalité peut être mise en perspective avec l’apparition ou l’aggravation des manifestations psychologiques observées.

Les modalités de diffusion constituent également un élément pertinent : caractère public ou privé des messages, nombre potentiel de destinataires, partages, commentaires, rediffusions ou persistance des contenus peuvent contribuer à apprécier l’expérience psychologique de la situation.

Le psychologue évalue par ailleurs le retentissement psychologique de ces comportements : anxiété, sentiment d’insécurité, hypervigilance, troubles du sommeil, symptômes dépressifs, évitement, atteinte de l’estime de soi ou manifestations post-traumatiques, notamment.

Enfin, il examine la cohérence clinique entre les événements rapportés, leur chronologie, les symptômes observés et leur évolution, tout en recherchant d’autres facteurs susceptibles d’avoir contribué aux difficultés constatées.

En revanche, le psychologue ne détermine pas la responsabilité pénale des auteurs et ne procède pas à la qualification juridique des faits.

Il ne peut pas davantage garantir l’authenticité technique de captures d’écran, de messages ou d’autres éléments numériques lorsqu’une expertise informatique ou numérique est nécessaire. De même, il ne peut attribuer avec certitude des contenus à un auteur agissant anonymement ou sous pseudonyme sur la seule base de son analyse psychologique.

Enfin, il ne lui appartient pas de déterminer la recevabilité procédurale des éléments de preuve produits dans le dossier.

Son rôle consiste donc à analyser la dynamique psychologique des comportements et leurs conséquences, en distinguant clairement cette analyse des constatations techniques et des qualifications juridiques qui relèvent d’autres professionnels.


L'expertise psychologique complète les autres investigations. Elle ne se substitue ni à l'analyse juridique ni à l'expertise informatique.


Questions fréquentes


Un seul message peut-il constituer un cyberharcèlement ?

Le plus souvent, le cyberharcèlement repose sur une répétition de comportements.

Cependant, un contenu unique peut produire un retentissement majeur lorsqu'il est massivement diffusé, partagé ou durablement accessible.

Le psychologue analyse alors l'ensemble du contexte plutôt que le seul nombre de publications.


Le cyberharcèlement produit-il des conséquences différentes du harcèlement « classique » ?

Les mécanismes psychologiques sont largement comparables.

En revanche, certaines caractéristiques du numérique — diffusion potentiellement illimitée, permanence des contenus, impossibilité de maîtriser leur circulation, anonymat des auteurs — peuvent majorer le sentiment d'insécurité et d'impuissance.


Les captures d'écran suffisent-elles pour réaliser une expertise ?

Non.

Elles constituent des éléments importants mais doivent être interprétées avec prudence.

Le psychologue les confronte à la chronologie, aux autres documents, aux entretiens cliniques et au retentissement observé.


Peut-on parler de cyberharcèlement dans le cadre professionnel ?

Oui.

Le cyberharcèlement peut résulter :

  • d'échanges de courriels ;

  • de messageries instantanées professionnelles ;

  • de plateformes collaboratives ;

  • de réseaux sociaux ;

  • ou de tout autre support numérique utilisé dans le cadre du travail.

Le support importe moins que les mécanismes de violence psychologique.


Pourquoi les victimes continuent-elles parfois à consulter les messages ?

Ce comportement est fréquent.

Certaines personnes cherchent à comprendre, à anticiper de nouvelles attaques, à conserver des preuves ou espèrent que les comportements cesseront.

Cette consultation répétée ne remet pas en cause la réalité de leur souffrance.


Regard JuriPsy®


Le numérique a profondément modifié les modalités d'expression du harcèlement.

Il ne crée pas de nouveaux mécanismes psychologiques.

Il amplifie souvent ceux qui existent déjà.

L'exposition permanente, la viralité des contenus, l'effacement des frontières entre vie privée et vie professionnelle ainsi que la difficulté à faire disparaître les publications peuvent renforcer le sentiment d'impuissance et prolonger les effets psychologiques des violences.

Le rôle du psychologue n'est donc pas d'évaluer la technologie.

Il est d'analyser l'impact psychique qu'en fait naître l'usage.


En pratique


Pour les avocats

Conservez les éléments numériques dans leur contexte.

Au-delà des captures d'écran, essayez de documenter :

  • les dates ;

  • les heures ;

  • la fréquence des publications ;

  • les réactions des destinataires ;

  • les éventuels signalements ;

  • les conséquences concrètes sur votre client.

La chronologie est souvent plus informative qu'un message isolé.


Pour les magistrats

L'expertise psychologique permet d'apprécier le retentissement des violences numériques.

Elle ne se prononce ni sur leur qualification pénale ou civile ni sur l'authenticité technique des preuves, qui peuvent relever d'autres investigations.


Pour les psychologues

Intégrez systématiquement la dimension numérique à votre anamnèse.

Interrogez notamment :

  • les habitudes numériques avant les faits ;

  • les modifications des usages ;

  • les stratégies d'évitement ;

  • le sentiment de sécurité en ligne ;

  • les répercussions sur la vie hors écran.

Ces éléments enrichissent l'analyse clinique.


À retenir


Le cyberharcèlement constitue une forme de violence psychologique dont les mécanismes sont proches de ceux du harcèlement traditionnel, mais dont les modalités de diffusion et de répétition sont spécifiques à l'environnement numérique.

L'expertise psychologique repose sur une analyse conjointe des échanges numériques, du contexte, de la chronologie et du retentissement psychologique observé chez la personne évaluée.


Pour aller plus loin

Bibliographie indicative


  • Smith P. K., Mahdavi J., Carvalho M. et al. — Travaux fondateurs sur le cyberharcèlement.

  • Kowalski R., Limber S., Agatston P. — Cyberbullying: Bullying in the Digital Age.

  • Hinduja S., Patchin J. — Recherches sur le cyberharcèlement et ses conséquences psychologiques.

  • Publications de l'INRS sur les violences au travail et les risques psychosociaux.

  • Code de déontologie des psychologues.


Version : 1.0

Date de création : Juillet 2026

Collection : Les Références JuriPsy® – L'encyclopédie de la psychologie appliquée au droit

A découvrir aussi

Les recommandations du psychologue dans une expertise de harcèlement : jusqu'où peut-il aller ?

Comment réaliser une expertise psychologique dans une situation de harcèlement ?

Burn-out ou harcèlement ?

bottom of page