ENCYCLOPÉDIE JURIPSY®
Quels tests utiliser dans une expertise de harcèlement psychologique ?
Il n'existe aucun test permettant de diagnostiquer un harcèlement psychologique. Les outils psychométriques évaluent des symptômes, des dimensions psychologiques ou des facteurs de personnalité. Ils ne démontrent jamais, à eux seuls, l'existence des faits.
En résumé
Les tests psychologiques constituent un outil précieux dans l'évaluation des conséquences d'un harcèlement psychologique.
Ils permettent d'objectiver certains symptômes, d'en apprécier l'intensité et d'étayer le raisonnement clinique.
En revanche, aucun questionnaire, aucune échelle et aucun test de personnalité ne permet d'affirmer qu'une personne a été harcelée.
Le psychologue choisit ses outils en fonction des hypothèses cliniques, des symptômes présentés et des questions auxquelles l'expertise doit répondre.
Pourquoi cette question est-elle importante ?
Les justiciables comme les avocats pensent parfois qu'il existe un « test du harcèlement ».
Cette idée est fausse.
Le harcèlement est une situation relationnelle et contextuelle.
Les tests psychologiques n'évaluent pas les faits.
Ils évaluent leurs conséquences éventuelles sur le fonctionnement psychologique.
Une expertise de qualité repose donc sur l'articulation entre l'entretien clinique, l'analyse documentaire et les évaluations psychométriques.
De quoi parle-t-on ?
Les tests psychologiques sont des outils standardisés permettant de mesurer certaines dimensions du fonctionnement psychologique.
Dans un contexte de harcèlement, ils peuvent notamment explorer :
l'anxiété ;
la dépression ;
les symptômes psychotraumatiques ;
l'épuisement professionnel ;
les troubles du sommeil ;
l'estime de soi ;
certaines caractéristiques de personnalité ;
les ressources psychologiques.
Le choix des outils dépend toujours de la situation clinique.
Ce que le psychologue cherche à savoir
Avant de sélectionner un test, le psychologue s'interroge :
Quels symptômes sont rapportés ?
Quelle hypothèse clinique souhaite-t-il explorer ?
Existe-t-il des diagnostics différentiels ?
Faut-il objectiver l'évolution d'un trouble ?
Les résultats permettront-ils d'éclairer les questions posées par l'expertise ?
Le choix d'un test n'est jamais automatique.
Il répond à une question clinique précise.
Les principaux tests utilisés
1. L'anxiété
STAI-Y (State-Trait Anxiety Inventory)
Le STAI distingue :
l'anxiété ressentie au moment de l'évaluation ;
la tendance plus générale à éprouver de l'anxiété.
Il est particulièrement utile pour apprécier l'intensité des manifestations anxieuses.
2. La dépression
BDI-II (Beck Depression Inventory)
Le BDI-II évalue :
la tristesse ;
la perte d'intérêt ;
la culpabilité ;
la fatigue ;
les idées pessimistes ;
les autres symptômes dépressifs.
Il permet d'apprécier la sévérité d'un épisode dépressif.
3. Le psychotraumatisme
PCL-5 (PTSD Checklist for DSM-5)
Le PCL-5 explore les principaux symptômes du trouble de stress post-traumatique :
reviviscences ;
évitement ;
altérations cognitives et émotionnelles ;
hyperactivation neurovégétative.
Il constitue aujourd'hui l'un des outils les plus utilisés dans les expertises de psychotraumatologie.
4. Le burn-out
Maslach Burnout Inventory (MBI)
Le MBI évalue :
l'épuisement émotionnel ;
la dépersonnalisation ;
le sentiment d'accomplissement personnel.
Il est particulièrement indiqué lorsque l'expertise doit distinguer burn-out et harcèlement.
5. Les risques psychosociaux
Selon les situations, le psychologue peut également utiliser :
le questionnaire de Karasek (demande psychologique, latitude décisionnelle, soutien social) ;
le modèle de Siegrist (déséquilibre efforts/récompenses).
Ces outils renseignent sur les conditions de travail mais ne permettent pas de conclure à un harcèlement.
6. L'estime de soi
Échelle d'estime de soi de Rosenberg
Elle permet d'apprécier l'impact des événements sur l'image de soi et le sentiment de valeur personnelle.
7. Le sommeil
Insomnia Severity Index (ISI)
L'ISI mesure :
les difficultés d'endormissement ;
les réveils nocturnes ;
la qualité du sommeil ;
leur retentissement diurne.
Les troubles du sommeil constituent un indicateur fréquent de souffrance psychologique.
8. Les questionnaires de personnalité
Selon les situations, le psychologue peut recourir à des outils de personnalité (par exemple le MMPI-2-RF, le PAI ou d'autres instruments validés).
Ils ne servent pas à rechercher une « personnalité de victime » ou une « personnalité de harceleur ».
Ils permettent notamment :
d'explorer le fonctionnement psychologique global ;
d'identifier d'éventuels facteurs de vulnérabilité ;
d'éclairer certains diagnostics différentiels ;
d'apprécier la cohérence clinique de l'ensemble des données.
Leur interprétation exige une formation spécifique et une grande prudence.
Les principes fondamentaux
Aucun test ne diagnostique un harcèlement.
Les questionnaires objectivent des symptômes, pas des faits.
Le choix des outils dépend toujours de l'hypothèse clinique.
Les résultats doivent être interprétés dans le contexte de l'entretien clinique.
Une expertise ne se résume jamais à une batterie de tests.
Les idées reçues
« Un score élevé au PCL-5 prouve que la personne a été harcelée. »
Faux.
Il traduit des symptômes compatibles avec un psychotraumatisme.
Il ne permet pas d'en identifier l'origine.
« Plus il y a de tests, meilleure est l'expertise. »
Faux.
La pertinence des outils est plus importante que leur nombre.
Une batterie excessive peut compliquer l'interprétation sans améliorer la qualité de l'évaluation.
« Les tests sont objectifs, donc infaillibles. »
Faux.
Les outils psychométriques sont standardisés et validés scientifiquement, mais leurs résultats doivent toujours être interprétés à la lumière de l'entretien clinique, du contexte et des autres données du dossier.
Le raisonnement du psychologue expert
Le choix des tests ne précède jamais le raisonnement clinique.
Il en est la conséquence.
Le psychologue commence par élaborer plusieurs hypothèses à partir de l'entretien et de l'analyse du dossier, puis sélectionne les outils les plus adaptés pour les explorer ou les confronter.
Les tests ne remplacent donc jamais le jugement clinique : ils le soutiennent.
1. Définir les hypothèses cliniques
Avant toute passation, le psychologue se demande :
Quels sont les symptômes dominants ?
Existe-t-il une hypothèse de psychotraumatisme ?
Faut-il explorer un épisode dépressif ?
Les difficultés relèvent-elles davantage d'un burn-out ?
Existe-t-il des troubles anxieux ?
Des diagnostics différentiels doivent-ils être envisagés ?
Cette étape conditionne le choix des outils.
2. Choisir les outils les plus pertinents
Tous les questionnaires ne sont pas utiles dans toutes les expertises.
Le psychologue privilégie ceux qui répondent directement à la question clinique posée.
Par exemple :
suspicion de psychotraumatisme → PCL-5 ;
anxiété importante → STAI-Y ;
symptômes dépressifs → BDI-II ;
suspicion de burn-out → MBI ;
analyse des conditions de travail → Karasek ou Siegrist.
Une batterie ciblée est généralement plus pertinente qu'une accumulation de questionnaires.
3. Interpréter les résultats avec prudence
Les scores obtenus ne prennent sens qu'en étant confrontés :
au récit de la personne ;
à l'entretien clinique ;
aux observations comportementales ;
aux documents du dossier ;
aux autres évaluations.
Le psychologue ne raisonne jamais à partir d'un chiffre isolé.
Il interprète un ensemble de données convergentes.
4. Rechercher les convergences mais aussi les divergences
Une expertise rigoureuse ne consiste pas uniquement à confirmer une hypothèse.
Le psychologue recherche également :
les incohérences éventuelles ;
les résultats inattendus ;
les éléments qui invitent à nuancer ses conclusions.
Les divergences constituent parfois des informations cliniques importantes.
5. Intégrer les résultats dans l'ensemble de l'expertise
Les tests représentent une étape de l'évaluation.
Ils ne remplacent ni :
l'entretien clinique ;
l'analyse documentaire ;
la chronologie ;
l'étude du fonctionnement professionnel ;
l'examen des conséquences psychologiques.
Ils enrichissent le raisonnement sans jamais s'y substituer.
Synthèse
Les outils psychométriques permettent d’objectiver certaines dimensions du fonctionnement psychologique ou certains symptômes, mais leurs résultats doivent toujours être interprétés dans les limites de ce qu’ils mesurent réellement.
Le STAI-Y évalue l’anxiété en distinguant l’anxiété-état, ressentie au moment de l’évaluation, et l’anxiété-trait, correspondant à une disposition plus générale à éprouver de l’anxiété. Il ne permet pas d’établir l’existence d’un harcèlement.
Le BDI-II mesure l’intensité des symptômes dépressifs. Il permet d’apprécier leur importance, mais ne détermine pas la cause de la symptomatologie dépressive.
La PCL-5 évalue la présence et la sévérité de symptômes caractéristiques d’un trouble de stress post-traumatique. Elle ne permet pas, à elle seule, d’établir la réalité de l’événement rapporté ni d’identifier avec certitude l’événement responsable des symptômes.
Le MBI explore les différentes dimensions de l’épuisement professionnel ou burn-out. Un score élevé peut contribuer à objectiver un syndrome d’épuisement, mais ne démontre pas l’existence d’un harcèlement moral.
Le questionnaire de Karasek explore plusieurs dimensions psychosociales du travail, notamment les exigences psychologiques, la latitude décisionnelle et le soutien social. Il permet d’identifier certaines configurations de risques psychosociaux, mais ne mesure pas directement les violences psychologiques ou le harcèlement.
Le modèle de Siegrist évalue notamment le déséquilibre entre les efforts fournis dans le travail et les récompenses reçues en retour. Il renseigne sur une situation psychosociale potentiellement délétère, mais ne permet pas de conclure à une faute de l’employeur.
L’échelle de Rosenberg mesure l’estime globale de soi. Elle permet d’identifier une estime de soi plus ou moins fragilisée, sans pouvoir en déterminer à elle seule l’origine.
L’ISI mesure la nature et la sévérité des difficultés liées à l’insomnie. Il permet d’objectiver leur importance, mais ne permet pas d’établir la cause des troubles du sommeil.
Enfin, le MMPI-2-RF et le PAI explorent de manière plus large le fonctionnement psychopathologique et certains aspects de la personnalité. Ils peuvent contribuer à la compréhension du fonctionnement psychologique et comportent des indicateurs utiles pour apprécier les modalités de réponse, mais ils ne constituent pas des détecteurs de mensonge et ne permettent pas d’établir la véracité des faits rapportés.
Ainsi, aucun test psychométrique ne permet à lui seul de démontrer un harcèlement ou d’établir l’origine d’un trouble. La psychométrie constitue une donnée complémentaire de l’analyse clinique, qui doit être mise en perspective avec les entretiens, la chronologie, les documents disponibles et les autres éléments du dossier.
Cette synthèse rappelle un principe essentiel : les tests mesurent un fonctionnement psychologique, jamais les faits eux-mêmes.
Questions fréquentes
Une expertise est-elle valable sans tests psychométriques ?
Oui.
Dans certaines situations, l'entretien clinique, l'analyse du dossier et les observations peuvent suffire à répondre aux questions posées.
Les tests sont des outils d'aide à l'évaluation, non une obligation systématique.
Peut-on utiliser les mêmes tests dans toutes les expertises ?
Non.
Le choix dépend :
de l'objet de l'expertise ;
des symptômes observés ;
de l'âge de la personne ;
des hypothèses cliniques ;
des questions posées par le magistrat ou les parties.
Les tests permettent-ils de détecter une simulation ?
Aucun test ne permet, à lui seul, de conclure à une simulation.
Certains instruments comportent des indices de validité ou de cohérence des réponses, mais leur interprétation est complexe et doit toujours être intégrée à l'ensemble de l'évaluation clinique.
Une conclusion aussi sensible ne peut jamais reposer sur un seul score.
Pourquoi deux psychologues peuvent-ils choisir des tests différents ?
Parce qu'il existe plusieurs outils scientifiquement validés pour explorer une même dimension clinique.
Ce qui importe n'est pas l'identité du questionnaire, mais la pertinence de son choix, la qualité de son interprétation et sa cohérence avec la méthode d'expertise.
Les résultats peuvent-ils évoluer ?
Oui.
Les symptômes psychologiques fluctuent avec le temps, les soins reçus, l'évolution de la situation ou les événements de vie.
Les résultats reflètent l'état de la personne au moment de l'évaluation.
Regard JuriPsy®
L'expertise psychologique ne consiste pas à « faire passer des tests ».
Elle consiste à répondre à une question clinique.
Les outils psychométriques sont au service du raisonnement du psychologue.
Ils permettent d'objectiver certaines dimensions du fonctionnement psychologique, de renforcer la fiabilité de l'évaluation et d'améliorer la traçabilité des conclusions.
Leur valeur ne réside pas dans le chiffre obtenu, mais dans la manière dont ce chiffre est intégré à l'ensemble des données cliniques.
En pratique
Pour les avocats
Ne demandez pas systématiquement « tous les tests possibles ».
Interrogez plutôt l'expert sur les raisons du choix de ses outils et sur la manière dont ils éclairent les questions du dossier.
Une batterie pertinente est préférable à une batterie exhaustive.
Pour les magistrats
L'absence de certains questionnaires ne remet pas en cause la qualité d'une expertise si le psychologue justifie sa méthode et répond de manière argumentée aux questions posées.
La pertinence méthodologique prime sur le nombre d'outils utilisés.
Pour les psychologues
Choisissez les tests pour répondre à une hypothèse clinique, non par habitude.
Expliquez toujours :
pourquoi vous avez retenu cet outil ;
ce qu'il mesure ;
ce qu'il ne mesure pas ;
comment vous interprétez les résultats.
Cette transparence renforce la valeur scientifique de votre expertise.
À retenir
Les tests psychologiques constituent des outils complémentaires de l'expertise.
Ils permettent d'objectiver des symptômes, d'étayer le raisonnement clinique et d'améliorer la qualité de l'évaluation.
Ils ne permettent cependant jamais, à eux seuls, d'établir l'existence d'un harcèlement ni d'en identifier la cause.
Leur interprétation doit toujours être replacée dans le contexte clinique, documentaire et chronologique propre à chaque dossier.
Pour aller plus loin
Bibliographie indicative
American Psychological Association (APA) — Recommandations relatives à l'évaluation psychologique.
International Test Commission (ITC) — Guidelines for Test Use.
Beck A. T., Steer R. A., Brown G. K. — Beck Depression Inventory-II Manual.
Spielberger C. D. — State-Trait Anxiety Inventory Manual.
Weathers F. W. et al. — PTSD Checklist for DSM-5 (PCL-5).
Maslach C., Jackson S. E., Leiter M. P. — Maslach Burnout Inventory Manual.
Code de déontologie des psychologues.
Version : 1.0
Date de création : Juillet 2026
Collection : Les Références JuriPsy® – L'encyclopédie de la psychologie appliquée au droit