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ENCYCLOPÉDIE JURIPSY®

Quels sont les principes déontologiques de l'expertise psychologique ?

Quels principes déontologiques encadrent l’expertise psychologique ? Indépendance, impartialité, compétence et respect des personnes expliqués.

« La qualité d'une expertise ne repose pas uniquement sur les compétences techniques du psychologue. Elle dépend également du respect de principes déontologiques garantissant l'indépendance, l'impartialité et la dignité des personnes évaluées. »


I. Les fondamentaux de l'expertise psychologique



En résumé

L'expertise psychologique est encadrée par des principes déontologiques destinés à protéger à la fois la personne expertisée, le psychologue et les destinataires du rapport.

Ces principes concernent notamment l'indépendance, l'impartialité, la compétence, le respect de la personne, la transparence méthodologique, la prudence scientifique, la confidentialité et la responsabilité professionnelle.

Ils constituent le socle de toute expertise de qualité.


Pourquoi cette question est-elle importante ?


Une expertise psychologique peut avoir des conséquences importantes :

  • attribution de la résidence d'un enfant ;

  • reconnaissance d'un préjudice psychologique ;

  • décision prud'homale ;

  • procédure pénale ;

  • indemnisation ;

  • aptitude professionnelle ;

  • protection d'une personne vulnérable.

Dans ce contexte, la confiance accordée au psychologue repose autant sur sa compétence que sur son intégrité.

Les principes déontologiques permettent de garantir que l'évaluation demeure indépendante des intérêts des parties.


De quoi parle-t-on ?


La déontologie désigne l'ensemble des règles éthiques et professionnelles qui guident l'exercice du psychologue.

En expertise, ces règles prennent une importance particulière car le psychologue intervient dans un contexte où ses conclusions peuvent influencer une décision judiciaire, administrative ou contractuelle.

La déontologie constitue donc un cadre de réflexion permanent.

Elle ne fournit pas des réponses automatiques, mais des principes permettant de prendre des décisions respectueuses de la personne et scientifiquement fondées.


Ce que le psychologue cherche à garantir


Au cours d'une expertise, le psychologue veille à garantir :

  • une évaluation indépendante ;

  • une méthode rigoureuse ;

  • le respect de la dignité de la personne ;

  • la transparence de son raisonnement ;

  • la proportionnalité des investigations ;

  • la qualité scientifique de ses conclusions.

Ces objectifs orientent l'ensemble de son intervention.


Les principaux principes déontologiques


1. L'indépendance


Le psychologue conserve une totale indépendance intellectuelle.

Il ne modifie jamais ses conclusions pour satisfaire :

  • un client ;

  • un avocat ;

  • une compagnie d'assurance ;

  • un employeur ;

  • un magistrat ;

  • ou toute autre partie.

Son analyse repose exclusivement sur les données recueillies.


2. L'impartialité


Le psychologue n'est ni le défenseur ni l'adversaire de la personne examinée.

Il accueille les informations avec ouverture tout en exerçant un regard critique sur chacune d'elles.

Son objectif est de comprendre, non de prendre parti.


3. La compétence


Le psychologue n'accepte une mission que lorsqu'il possède les connaissances nécessaires.

Il doit notamment maîtriser :

  • la psychologie clinique ;

  • la psychopathologie ;

  • la méthodologie expertale ;

  • les outils psychométriques utilisés ;

  • les limites de ses compétences.

Lorsque la mission dépasse son champ d'expertise, il doit la refuser ou orienter vers un professionnel plus qualifié.


4. Le respect de la personne


Même lorsqu'elle est mise en cause dans une procédure judiciaire, toute personne doit être traitée avec respect.

Le psychologue veille notamment à :

  • préserver sa dignité ;

  • favoriser une écoute bienveillante ;

  • éviter toute attitude humiliante ;

  • adapter son langage ;

  • respecter son rythme.

Le respect de la personne demeure compatible avec une analyse critique des informations recueillies.


5. La transparence méthodologique


Le rapport doit permettre au lecteur de comprendre :

  • les méthodes utilisées ;

  • les outils employés ;

  • les informations recueillies ;

  • les limites de l'évaluation ;

  • le cheminement du raisonnement.

Une conclusion non expliquée perd une grande partie de sa valeur scientifique.


6. La prudence scientifique


Le psychologue évite les affirmations excessives.

Il distingue clairement :

  • les observations ;

  • les résultats ;

  • les hypothèses ;

  • les conclusions.

Il indique le degré de certitude associé à chacune d'elles.


7. La confidentialité


Les informations recueillies au cours de l'expertise doivent être protégées.

La personne est informée :

  • de la finalité de l'expertise ;

  • des destinataires du rapport ;

  • des limites de la confidentialité liées à la mission.

La confidentialité n'est jamais absolue en expertise, mais elle demeure strictement encadrée.


8. La responsabilité professionnelle


Le psychologue assume la responsabilité de chacune de ses conclusions.

Il doit être en mesure de justifier :

  • sa méthode ;

  • ses choix cliniques ;

  • les outils utilisés ;

  • les limites de son analyse.

Cette responsabilité se poursuit au-delà de la remise du rapport.


Les principes fondamentaux


  • L'indépendance protège l'objectivité.

  • L'impartialité protège l'équité.

  • La compétence protège la qualité scientifique.

  • Le respect protège la dignité de la personne.

  • La transparence protège la compréhension du rapport.

  • La prudence protège contre les erreurs d'interprétation.

  • La confidentialité protège les informations personnelles.

  • La responsabilité protège la crédibilité de l'expertise.


Les idées reçues


« Puisque je rémunère l'expert, il doit défendre ma position. »

Faux.

Le psychologue est rémunéré pour réaliser une évaluation indépendante, non pour soutenir une partie.


« Être impartial signifie être neutre émotionnellement. »

Faux.

L'impartialité ne consiste pas à être indifférent.

Elle consiste à ne pas laisser ses convictions personnelles influencer son raisonnement.


« Plus le rapport est affirmatif, plus il est crédible. »

Faux.

Un bon expert reconnaît les limites de son analyse et adapte le niveau de certitude aux données disponibles.


« La déontologie empêche de conclure. »

Faux.

Elle permet au contraire de produire des conclusions solides, argumentées et respectueuses des droits des personnes.


Le raisonnement du psychologue expert


La déontologie n'est pas un ensemble de règles abstraites.

Elle guide chacune des décisions prises par le psychologue tout au long de l'expertise.

À chaque étape, il s'interroge non seulement sur ce qu'il peut faire, mais aussi sur ce qu'il doit faire.

Cette réflexion permanente constitue l'un des fondements de la qualité expertale.


1. Accepter ou refuser la mission


La première décision déontologique intervient avant même le début de l'expertise.

Le psychologue se demande :

  • suis-je compétent dans ce domaine ?

  • existe-t-il un conflit d'intérêts ?

  • ai-je déjà suivi cette personne en thérapie ?

  • suis-je réellement indépendant ?

Si la réponse à l'une de ces questions compromet son objectivité ou dépasse son champ de compétence, il doit refuser la mission.

Accepter une expertise pour laquelle on n'est pas qualifié constitue une faute déontologique.


2. Préserver une juste distance


Le psychologue adopte une posture d'écoute, d'empathie et de respect.

Cependant, il veille à ne pas développer une relation thérapeutique avec la personne expertisée.

L'objectif est de comprendre son fonctionnement psychologique, non de l'accompagner dans un processus de soin.

Cette juste distance protège à la fois la personne et la qualité de l'évaluation.


3. Fonder chaque conclusion sur des éléments objectifs


Une conclusion ne peut jamais reposer sur une impression.

Elle doit être argumentée à partir :

  • des observations cliniques ;

  • de l'entretien ;

  • des documents examinés ;

  • des éventuelles évaluations psychométriques ;

  • des connaissances scientifiques.

Chaque affirmation importante doit pouvoir être justifiée.


4. Distinguer les faits des interprétations


Le psychologue sépare toujours :

  • ce qui a été observé ;

  • ce qui a été déclaré ;

  • ce qui est établi par les pièces du dossier ;

  • ce qui relève de son interprétation clinique.

Cette distinction permet au lecteur de suivre le raisonnement sans confusion.


5. Accepter les limites de son expertise


L'éthique de l'expertise consiste également à reconnaître ce que l'on ne sait pas.

Lorsque les données sont insuffisantes, contradictoires ou incomplètes, le psychologue l'indique clairement.

Refuser de conclure en l'absence d'éléments suffisants est parfois la décision la plus conforme à la déontologie.


Questions fréquentes


Le psychologue peut-il expertiser un ancien patient ?

En règle générale, cela est fortement déconseillé.

Une relation thérapeutique antérieure peut compromettre l'indépendance, créer un conflit de rôles et altérer la perception de l'impartialité de l'expertise.

Il est généralement préférable de confier la mission à un autre professionnel.


Peut-il communiquer directement avec l'avocat de l'une des parties ?

Le psychologue peut échanger sur des aspects organisationnels ou méthodologiques lorsque cela est nécessaire.

En revanche, il ne doit jamais laisser penser que ses conclusions pourraient être influencées par les attentes d'une partie.

L'indépendance de l'expertise doit être préservée à tout moment.


Peut-il modifier son rapport après sa remise ?

Une erreur matérielle peut être corrigée.

En revanche, toute modification portant sur le fond des conclusions doit être clairement expliquée, justifiée et, selon le cadre de la mission, portée à la connaissance des destinataires concernés.

La traçabilité des modifications participe à la transparence de l'expertise.


Que faire si la personne refuse de répondre à certaines questions ?

Le psychologue respecte ce choix.

Il en tient compte dans son analyse et précise, si nécessaire, les conséquences de ce refus sur les possibilités d'interprétation.

Le refus de répondre ne permet jamais, à lui seul, de tirer une conclusion défavorable.


Le psychologue peut-il exprimer ses convictions personnelles ?

Non.

Les convictions philosophiques, politiques, religieuses ou morales du psychologue ne doivent jamais influencer son évaluation.

Les conclusions reposent exclusivement sur des éléments cliniques et scientifiques.


Regard JuriPsy®


La déontologie est parfois perçue comme une contrainte.

En réalité, elle constitue la meilleure protection du psychologue.

Elle lui offre un cadre pour prendre des décisions difficiles, résister aux pressions, reconnaître les limites de son intervention et préserver la confiance des justiciables comme des juridictions.

En expertise, la crédibilité d'un rapport ne dépend pas seulement de la pertinence des analyses.

Elle dépend aussi de la manière dont ces analyses ont été construites.

Une expertise méthodologiquement solide mais déontologiquement contestable perd une grande partie de sa valeur.


En pratique


Pour les psychologues


Avant d'accepter une mission, posez-vous systématiquement les questions suivantes :

  • Suis-je compétent pour cette expertise ?

  • Suis-je totalement indépendant ?

  • Existe-t-il un conflit d'intérêts réel ou apparent ?

  • Ma méthode permettra-t-elle de répondre loyalement à la mission ?

  • Serai-je capable de justifier chacune de mes conclusions ?

Si une réponse suscite un doute sérieux, il est préférable de renoncer à la mission.


Pour les avocats


L'indépendance de l'expert constitue une garantie pour toutes les parties.

Chercher à influencer un psychologue expert est contre-productif et peut fragiliser la crédibilité de l'expertise.

Le meilleur moyen d'obtenir une analyse de qualité consiste à transmettre un dossier clair, complet et objectivement présenté.


Pour les magistrats


L'appréciation d'une expertise ne porte pas uniquement sur ses conclusions.

Elle suppose également d'évaluer :

  • le respect du contradictoire lorsqu'il s'applique ;

  • la compétence de l'expert ;

  • la cohérence méthodologique ;

  • l'explicitation du raisonnement ;

  • la reconnaissance des limites de l'évaluation.


Pour les personnes expertisées


Le psychologue expert ne cherche ni à vous croire systématiquement, ni à vous mettre en difficulté.

Son rôle consiste à comprendre votre fonctionnement psychologique avec impartialité et à produire une analyse argumentée.

Cette indépendance est une garantie pour l'ensemble des personnes concernées par la procédure.


À retenir


Les principes déontologiques constituent le socle de l'expertise psychologique.

Ils garantissent que l'évaluation est réalisée dans le respect de la personne, selon une méthode rigoureuse, indépendante et scientifiquement fondée.

L'indépendance, l'impartialité, la compétence, le respect de la dignité, la transparence, la prudence scientifique, la confidentialité et la responsabilité professionnelle ne sont pas de simples valeurs.

Ils sont les conditions indispensables à la crédibilité d'une expertise psychologique.


Pour aller plus loin


Bibliographie indicative

  • Code de déontologie des psychologues (France).

  • American Psychological Association. Specialty Guidelines for Forensic Psychology.

  • European Federation of Psychologists' Associations (EFPA). Meta-Code of Ethics.

  • Melton G. B., Petrila J., Poythress N. G., Slobogin C. Psychological Evaluations for the Courts.

  • Grisso T. Evaluating Competencies: Forensic Assessments and Instruments.


Version : 1.0

Date de création : Juillet 2026

Collection : Les Références JuriPsy® – L'encyclopédie de la psychologie appliquée au droit

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